Articles & décryptages
Pour creuser un sujet plus en profondeur qu'une anecdote : le CV, l'entretien, les idées reçues sur le recrutement, et les questions que les candidats posent le plus souvent.
CV
Un trou dans le CV ne se cache pas, il se raconte
Un CV avec un trou n'est pas un CV à problème, c'est un CV avec une histoire à raconter correctement. Le malaise ne vient presque jamais de la période en elle-même, mais de la façon dont elle est éludée ou, à l'inverse, trop justifiée.
La peur du jugement pousse beaucoup de candidats à flouter ces périodes : une date arrangée, une ligne vague, un silence en entretien dès que le sujet approche. Le problème, c'est qu'un recruteur voit le trou de toute façon. Ce qu'il ne voit pas, c'est la raison, et c'est justement ce vide-là qu'il remplit avec ses propres suppositions, rarement plus indulgentes que la réalité.
Un congé maternité ou paternité n'a besoin d'aucune justification : c'est un droit, une période protégée, et personne ne devrait avoir à s'en excuser en entretien. Une phrase factuelle suffit largement. Si pendant cette période il y a eu une veille sur le secteur, une formation en ligne, un projet personnel gardé au chaud, ça peut se mentionner brièvement, mais ce n'est pas une obligation : le congé parental se suffit à lui-même comme explication.
Une pause voyage, elle, se raconte différemment : c'est un choix, et un choix peut devenir un vrai argument s'il est présenté avec intention plutôt qu'en s'excusant presque de l'avoir fait. Ce qui intéresse un recruteur, ce n'est pas la destination, c'est ce que cette parenthèse a clarifié : une remise à plat des priorités, une décision de changer de direction, une distance prise qui a permis d'y voir plus clair.
Le burnout demande plus de délicatesse. Il n'y a aucune obligation à entrer dans le détail de ce qui s'est passé. Une formulation factuelle et sobre, comme une période de pause pour raisons de santé, suffit à poser les choses sans s'exposer plus que nécessaire. Ce qui compte davantage pour la suite de l'échange, c'est ce qui a changé depuis : un rythme repensé, des limites mieux posées, une clarté nouvelle sur ce qui compte vraiment dans un poste.
Les erreurs à éviter : rester trop vague, au risque de laisser le recruteur imaginer un scénario pire que la réalité, ou au contraire trop justifier, ce qui donne au trou plus de poids qu'il n'en a réellement. Une explication factuelle, brève et tournée vers la suite reste la plus efficace, quelle que soit la raison du trou.
Candidature
Se renseigner sur l'entreprise : la première étape, avant même de postuler
Ne pas s'être renseigné sur l'entreprise, c'est souvent la toute première chose que je remarque chez un candidat, et parfois la seule qui compte vraiment au début de l'entretien.
Se renseigner sur l'entreprise n'est pas une formalité à cocher juste avant l'entretien : c'est la première étape, avant même d'envoyer sa candidature. Ça démontre une qualité qu'aucune ligne de CV ne peut prouver à elle seule : la curiosité et l'envie réelle d'apprendre sur ce qu'on s'apprête à rejoindre.
Le réflexe le plus courant, c'est de se contenter du site internet de l'entreprise. Mais un site web change rarement, et il raconte surtout ce que l'entreprise veut bien montrer d'elle-même. Pour avoir une vision plus juste et plus récente, va voir ce qu'elle publie sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, X, TikTok) et sur LinkedIn pour le volet plus professionnel : son actualité, ses projets en cours, la façon dont elle parle de ses équipes, ses valeurs au quotidien plutôt que sur une page « À propos » figée.
C'est un point sur lequel je suis particulièrement attentive avec les jeunes diplômés et les candidats en recherche d'alternance. Sans années d'expérience à mettre en avant, la curiosité et la capacité à aller chercher l'information deviennent le vrai levier de différenciation. Un candidat qui arrive en ayant compris l'actualité récente de l'entreprise se démarque immédiatement, bien plus qu'un candidat expérimenté qui n'a pas pris cette peine.
L'erreur à éviter : arriver en connaissant seulement le nom de l'entreprise et son secteur d'activité, ou pire, la confondre avec une autre faute d'avoir vérifié. Ça se voit immédiatement, et ça envoie un signal clair sur le niveau de motivation réel.
Entretien
Quelle prétention salariale donner en entretien ?
Ce n'est pas un piège : le recruteur veut simplement vérifier que ton attente rentre dans le budget du poste, pour ne pas faire perdre de temps à tout le monde.
Avant l'entretien, renseigne-toi sur le marché (offres similaires, enquêtes de rémunération, échanges avec des personnes du métier) et pense toujours en brut annuel, c'est le langage des recruteurs. Prépare une fourchette, avec un minimum en dessous duquel tu n'iras pas et un chiffre idéal.
Le jour J, donne une fourchette plutôt qu'un chiffre unique, et appuie-toi sur ta recherche plutôt que sur tes besoins personnels : « D'après mes recherches sur ce type de poste et mon niveau d'expérience, je vise entre 38 000 et 42 000 € brut annuels. Je reste ouvert(e) à la discussion en fonction du contenu du poste et des avantages. » Ne baisse pas ton chiffre pour plaire : si tu te sous-estimes dès le départ, il sera très difficile de remonter ensuite.
Les erreurs à éviter : donner un montant sans préciser brut ou net, annoncer un chiffre très bas « pour être sûr(e) d'être pris(e) », ou se fermer à toute discussion en répondant « c'est non négociable ». Un bon chiffre est un chiffre préparé : il s'appuie sur le marché, il est donné en fourchette et il reste ouvert à la discussion.
CV
Faut-il toujours mettre une photo sur son CV ?
Ce n'est ni une obligation légale, ni un standard universel : la réponse dépend surtout du secteur et du pays.
En France, la photo reste courante mais n'est jamais obligatoire, et de plus en plus de recruteurs recommandent de s'en passer pour limiter les biais inconscients. Dans certains secteurs (commercial, relation client), elle peut rassurer ; dans d'autres (tech, RH), elle n'apporte rien.
Ce qui compte vraiment : si tu mets une photo, qu'elle soit récente, neutre et de bonne qualité. Si tu hésites, l'absence de photo n'a jamais fait perdre un entretien à un bon CV.
Candidature
Pourquoi un recruteur ne répond pas toujours (et ce que ça ne veut pas dire)
Le silence après une candidature est frustrant, mais il en dit rarement autant que ce qu'on imagine.
Un recruteur gère souvent plusieurs dizaines de candidatures en parallèle, avec des priorités qui changent (poste gelé, budget revu, process interne relancé). Le silence est presque toujours une question d'organisation, pas un jugement sur ton profil.
Une relance courte et polie, dix à quinze jours après ta candidature, est toujours bien perçue ; elle montre de l'intérêt sans donner l'impression d'insister.
Entretien
Les 3 questions qu'un recruteur pose presque toujours
Derrière des formulations différentes, la plupart des entretiens tournent autour de trois vraies questions.
1. Est-ce que tu sais ce que tu veux ? Pas seulement le poste, mais la direction générale de ton parcours.
2. Est-ce que tu comprends ce qu'on attend de toi ? Ta capacité à reformuler le poste avec tes propres mots en dit long.
3. Est-ce que ce serait simple de travailler avec toi ? Souvent la plus décisive, et la moins dite à voix haute.