Anecdotes de la semaine
Des situations de recrutement vécues, toujours anonymisées et racontées avec bienveillance ; jamais pour pointer du doigt, toujours pour éclairer ce qui se joue vraiment côté recruteur.
CV
« Curieux », « esprit d'équipe », « dynamique »… sans aucun exemple derrière
L'anecdote
Curieux, esprit d'équipe, dynamique, rigoureux : ces mots reviennent sur la quasi-totalité des CV. Mais souvent, il suffit d'une ou deux questions en entretien pour que l'écart avec la réalité apparaisse.
Ce que j'en retiens
« Curieux », mais aucune recherche faite sur le poste, l'entreprise ou ses produits avant l'entretien : la curiosité existe peut-être ailleurs, mais pas sur le sujet qui compte le plus à ce moment précis. « Esprit d'équipe », mais un parcours presque entièrement individuel, sans un seul exemple concret de collaboration à raconter quand on creuse un peu : difficile de juger un trait collectif sur une expérience solo. « Rigoureux », alors que le CV lui-même contient une faute ou une date qui ne correspond pas : le document censé prouver la rigueur est parfois le premier à la contredire. Et « dynamique », quand l'échange reste poli mais sans relief, sans qu'on sache si c'est le trac, la fatigue du jour ou autre chose, impossible de trancher sur un seul entretien, mais le mot seul, sans rien pour l'illustrer, ne suffit jamais à convaincre.
Ce que tu peux en tirer
Un trait de personnalité ne vaut que par l'exemple qui l'accompagne. Plutôt que d'écrire « esprit d'équipe », raconte un moment précis où tu as dû composer avec un groupe, même ponctuel. Plutôt que « curieux », montre-le avant même l'entretien, en te renseignant vraiment sur l'entreprise. Un mot sur un CV ne prouve rien tant qu'il n'est pas incarné par une situation vécue.
Une question à te poser
Pour chaque mot que j'utilise pour me décrire, est-ce que j'ai un exemple concret prêt à raconter si on me le demande ?
Entretien
Le discours trop parfait, appris par cœur
L'anecdote
En entretien visio, une question suffit parfois à lancer un candidat dans un monologue. Les phrases s'enchaînent avec une fluidité presque trop parfaite, comme si elles avaient été écrites puis apprises par cœur. Puis arrive une question qui sort du scénario prévu, et tout s'effondre : le fil des notes se perd, le stress monte, et la prestation qui semblait solide devient hésitante.
Ce que j'en retiens
Ce n'est pas une question de sincérité ou de compétence, la plupart du temps c'est simplement du stress mal canalisé par une préparation trop rigide. Mais le vrai problème, c'est qu'un discours trop écrit empêche de voir la personne derrière : impossible de capter une vraie personnalité, un ton naturel, une réaction spontanée. Et c'est justement cette connexion-là, au-delà des compétences listées, que le recruteur cherche à sentir.
Ce que tu peux en tirer
Un entretien se prépare un peu comme on se prépare avant de rencontrer quelqu'un pour la première fois : on réfléchit à ce qu'on veut montrer de soi, sans pour autant débiter un texte appris. Le candidat qui marque, ce n'est pas celui qui récite le mieux, c'est celui qui reste lui-même tout en étant structuré. Prépare tes idées, tes exemples, le fil de ce que tu veux faire passer, mais laisse de la place à la spontanéité pour que l'échange reste vivant.
Une question à te poser
Est-ce que je me prépare pour pouvoir être moi-même plus sereinement, ou pour réciter un texte que je risque de perdre au premier imprévu ?
Entretien
Le silence après un entretien qui « s'est bien passé »
L'anecdote
Après un entretien qui s'est visiblement bien passé, le silence peut durer des semaines. Pas de retour, pas d'explication, et pas de mauvaise nouvelle non plus. Juste... rien.
Ce que j'en retiens
Ce silence n'a souvent rien à voir avec la prestation du candidat. D'abord, les managers et l'équipe mettent parfois un temps surprenant à faire remonter leur avis, le recrutement n'est rarement la priorité numéro un dans leur semaine. Ensuite, il y a la question du package de rémunération : le budget est souvent fixé en amont par la DRH ou la direction financière, et le manager doit obtenir une validation interne avant de pouvoir faire une proposition qui corresponde aux attentes du candidat, ce qui peut prendre plus de temps qu'un simple « oui, ça lui va ». Et puis, ce n'est pas très glorieux à admettre, mais parfois l'entreprise attend simplement d'avoir vu tous les candidats du processus avant de trancher, même quand un profil a déjà tapé dans l'œil.
Ce que tu peux en tirer
Le silence n'est pas un verdict. C'est souvent le reflet d'une mécanique interne plus lente que ce que l'extérieur laisse penser, entre validations hiérarchiques et arbitrages budgétaires. Ça ne veut pas dire qu'il faut rester passif : une relance polie après un délai raisonnable reste tout à fait légitime, et elle ne gâche rien.
Une question à te poser
Est-ce que j'interprète ce silence comme un jugement sur moi, alors qu'il en dit surtout long sur la mécanique interne de l'entreprise ?
CV
Des CV qui se ressemblent tous, sans exception
L'anecdote
Sur la pile de CV de candidats en data et en IA reçus ces dernières semaines, presque tous se ressemblent trait pour trait : mêmes mots-clés (Machine Learning, LLM, MLOps, Python, Docker, CI/CD, RAG), même mise en page, même police. On dirait une promo sortie de la même école, qui aurait aussi partagé le même CV.
Ce que j'en retiens
Le problème n'est pas que le contenu, c'est aussi la forme. Beaucoup de candidats utilisent le même générateur de CV en ligne ou le même modèle trouvé sur internet, sans y toucher. Résultat : en plus de lister les mêmes compétences, les CV se ressemblent visuellement au point qu'on pourrait les mélanger sans que personne ne s'en aperçoive.
Ce que tu peux en tirer
Un CV propre et bien pensé visuellement fait déjà la moitié du travail pour sortir du lot : une mise en page claire, pas surchargée, avec une identité qui t'appartient plutôt que le modèle par défaut d'un générateur en ligne (celui que ton ancien camarade de promo a probablement utilisé aussi). Associe ça à des résultats concrets plutôt qu'une liste de technologies, et ton CV arrêtera de se fondre dans la pile.
Une question à te poser
Est-ce que mon CV a une mise en page qui m'appartient, ou celle d'un modèle que la moitié des candidats utilisent aussi ?
Candidature
« Ce poste est encore ouvert ? Quelqu'un a dû partir… »
L'anecdote
Un poste est ouvert depuis janvier, et il a été réouvert plusieurs fois au fil des mois. À chaque fois, plus de 200 candidatures arrivent, le processus avance avec une dizaine de profils solides jusqu'aux derniers échanges… puis tout repart de zéro, et le recrutement recommence.
Ce que j'en retiens
Un poste qui reste affiché longtemps, ou qui réapparaît plusieurs fois, ne veut pas forcément dire que la personne recrutée est partie rapidement. Deux raisons bien plus fréquentes : parfois, malgré des dizaines de candidatures solides, aucun profil ne correspond exactement au besoin stratégique recherché, et il faut recommencer. Et parfois, c'est une raison purement technique : certains ATS (Applicant Tracking System, le logiciel que les recruteurs utilisent pour gérer les candidatures et diffuser les offres) ferment automatiquement une offre au bout d'un certain temps, et le recruteur doit la rouvrir manuellement pour que les candidatures puissent continuer à arriver, alors que le poste n'a jamais cessé d'être d'actualité.
Ce que tu peux en tirer
Ne te décourage pas devant une offre qui traîne ou qui réapparaît : ce n'est pas un signal d'alarme en soi. Certains postes sont aussi rares sur le marché (on dit qu'ils sont « pénuriques »), ce qui explique qu'ils restent affichés longtemps le temps de trouver la bonne personne. Postule quand même : le poste est probablement toujours activement recherché.
Une question à te poser
Est-ce que j'évite de postuler à une offre uniquement parce qu'elle est en ligne depuis longtemps, sans savoir ce qui se passe réellement derrière ?
Entretien
« Pourquoi recherchez-vous un nouveau poste ? »
L'anecdote
Face à cette question, beaucoup de candidats se mettent sur la défensive, comme s'ils devaient se justifier. C'est particulièrement vrai quand il y a eu un licenciement économique derrière : certains ont presque peur que ça en dise long sur leur personnalité, comme si c'était de leur faute.
Ce que j'en retiens
Un licenciement économique n'est pas un jugement sur la personne, c'est une décision liée à l'entreprise. Pourtant, le malaise ressenti transparaît souvent dans la réponse, bien plus que les faits eux-mêmes.
Ce que tu peux en tirer
Raconte les faits simplement et sans t'excuser : un contexte économique, une réorganisation, une fin de mission. Ce n'est presque jamais la cause du départ qui compte pour un recruteur, mais la façon d'en parler.
Une question à te poser
Est-ce que je raconte mon départ comme un fait, ou comme une excuse ?
Entretien
« J'ai démissionné, sans plus de détails »
L'anecdote
Un candidat m'a expliqué avoir quitté son poste précédent du jour au lendemain, sans vouloir donner plus de contexte en entretien.
Ce que j'en retiens
Ce n'est pas la décision qui inquiète un recruteur, c'est le silence autour. L'absence d'explication laisse imaginer le pire, alors que la réalité est souvent plus simple.
Ce que tu peux en tirer
Prépare une explication brève et factuelle de tes transitions, même délicates. Deux phrases honnêtes rassurent bien plus qu'un sujet évité.
Une question à te poser
Comment est-ce que je raconte aujourd'hui mon dernier départ, en une phrase ?
CV
15 logiciels maîtrisés, zéro exemple
L'anecdote
Un CV listait quinze logiciels et compétences techniques différents, sans un seul exemple concret d'utilisation.
Ce que j'en retiens
Une liste de compétences sans preuve ne rassure pas, elle questionne. Le recruteur se demande laquelle de ces quinze lignes est vraiment solide.
Ce que tu peux en tirer
Pour chaque compétence clé que tu mets en avant, associe une réalisation concrète, même modeste : un projet, un résultat, un contexte.
Une question à te poser
Est-ce que je peux prouver chacune des 3 compétences en haut de mon CV avec un exemple réel ?
Négociation
Le flou sur le salaire qui rallonge tout
L'anecdote
Une candidate a refusé de donner une fourchette salariale par peur de « se griller », ce qui a rallongé le processus de deux semaines.
Ce que j'en retiens
Le flou ne protège pas le candidat, il ralentit simplement la décision ; il laisse le recruteur négocier à l'aveugle, souvent au désavantage du candidat.
Ce que tu peux en tirer
Renseigne-toi sur la fourchette réelle de ton secteur et de ton niveau d'expérience, et ose l'annoncer tôt dans le processus.
Une question à te poser
Est-ce que je connais la vraie fourchette de salaire de mon secteur, ou est-ce que je devine ?